
F1 au Rwanda : Amnesty dénonce un « prix de sportswashing », Kigali parle d’investissement pour le futur
La Formule 1 revient en Afrique, et c’est le Rwanda qui l’accueillera. L’annonce, faite le 13 octobre 2026 à Kigali, a immédiatement divisé : Amnesty International y voit un « prix de sportswashing » offert au régime de Paul Kagame, tandis que le président rwandais parle d’un « investissement pour le futur ».
Un contrat de dix ans et un circuit encore à construire
Formula 1, la FIA et le gouvernement rwandais ont signé un accord de dix ans pour un « Grand Prix d’Afrique », présenté par Visit Rwanda. Ce sera la première course de F1 sur le continent depuis le Grand Prix d’Afrique du Sud de 1993, à Kyalami.
Le circuit, qui n’existe pas encore, doit être construit aux normes FIA de grade 1 à Bugesera, à une quarantaine de kilomètres au sud de Kigali, à côté du futur aéroport international. La première course est attendue « au début des années 2030 », sans date fixée. « Aujourd’hui appartient à l’Afrique », a déclaré Paul Kagame lors du lancement.
Amnesty dénonce un « prix de sportswashing »
Pour Amnesty International, l’événement servira surtout à soigner l’image du pouvoir rwandais. « Un Grand Prix de dix ans « présenté par Visit Rwanda » est un prix de sportswashing pour les autorités rwandaises », a déclaré Felix James, responsable des campagnes d’Amnesty au Royaume-Uni. L’ONG accuse Kigali de détentions arbitraires et de tortures d’opposants, des accusations que le gouvernement rejette.
La critique porte aussi sur la guerre dans l’est de la RDC. Kenneth Roth, ancien directeur de Human Rights Watch, a rappelé le soutien du Rwanda au groupe armé M23, documenté par des experts de l’ONU et qui a valu des sanctions américaines à l’armée rwandaise. Kigali dément ce soutien. Kinshasa avait déjà demandé à la F1 de renoncer à tout partenariat avec le Rwanda.
Kigali mise sur le tourisme et les emplois
Le gouvernement rwandais défend au contraire un « investissement pour le futur », porteur d’emplois, de compétences et de tourisme pour les décennies à venir. Le Rwanda Development Board avance le chiffre d’environ 100 000 spectateurs par course, avec des retombées attendues pour l’hôtellerie et la restauration, et assure que le site pourra accueillir concerts et salons le reste de l’année.
La F1 s’inscrit dans une stratégie déjà bien rodée. Le pays a accueilli les championnats du monde de cyclisme sur route en 2025 et sponsorise, via Visit Rwanda, le Paris Saint-Germain et les Los Angeles Clippers. Le tourisme est aujourd’hui la première source de devises du pays, avec 647 millions de dollars de recettes en 2024.
Une facture inconnue dans un pays encore pauvre
Le montant du contrat n’a pas été rendu public. La construction d’un circuit moderne se chiffre en centaines de millions de dollars, et les droits annuels versés à la F1 par certains organisateurs atteignent plusieurs dizaines de millions. Le projet est lié au nouvel aéroport de Bugesera, dont le coût est passé de 1,3 à 2 milliards de dollars et sur lequel le FMI a alerté en raison du poids de la dette.
Ces sommes contrastent avec le niveau de vie de la population. Le revenu national par habitant tourne autour de 1 040 dollars, et le pays se classe 159e sur 193 à l’indice de développement humain de l’ONU. Selon l’institut national de la statistique, la pauvreté a toutefois reculé de 39,8 % en 2017 à 27,4 % en 2024. « La F1 ne profitera pas à tout le monde », résume un petit entrepreneur de Kigali cité par l’AFP.
Entre vitrine continentale et opération d’image, le débat ne fait que commencer. Plusieurs pays, comme l’Inde, la Corée du Sud ou la Malaisie, ont quitté le calendrier après des pertes financières. Le Rwanda a une décennie pour prouver que son pari n’est pas qu’un coup de communication.
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