
L’AES et la CEDEAO relancent le dialogue au Sénégal
Pour la première fois depuis la rupture de janvier 2025, la CEDEAO et la Confédération des États du Sahel (AES) se sont retrouvées à la table des négociations au niveau ministériel. Réunis à Dakar le 17 octobre 2026, les deux blocs ont convenu de créer des groupes de travail communs pour bâtir un accord-cadre de coopération.
Une première session ministérielle à Dakar
La réunion était coprésidée par Cheikh Niang, ministre sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, qui préside le Conseil des ministres de la CEDEAO, et par Karamoko Jean-Marie Traoré, ministre burkinabè des Affaires étrangères et président du Comité ministériel de pilotage de l’AES. Le Sénégal accueillait les discussions en tant que président en exercice de la CEDEAO, sous la conduite du chef de l’État Bassirou Diomaye Faye.
Dans leur communiqué final, les deux parties saluent « l’esprit de fraternité, de respect mutuel et d’ouverture » des échanges. Elles disent vouloir un cadre de coopération équilibré, fondé sur le bon voisinage, le respect de la souveraineté des États et le bien-être des populations.
Sécurité, libre circulation et commerce au menu
La principale décision est la création de groupes de travail thématiques conjoints, chargés de mener les échanges techniques en vue d’un accord-cadre. Selon RFI, ils porteront notamment sur la lutte contre le terrorisme, la circulation des personnes et des marchandises, et le commerce. Leurs conclusions seront soumises aux ministres lors d’une prochaine session, dont la date et le lieu restent à fixer.
Cheikh Niang a évoqué des « convergences substantielles » et plaidé pour une approche « graduelle, pragmatique et orientée vers les résultats ». Les deux camps sont clairs sur un point : il ne s’agit pas d’un retour du Mali, du Burkina Faso et du Niger dans la CEDEAO, mais d’un nouveau cadre de relations entre deux organisations. « Personne ne peut dire aujourd’hui à l’AES de revenir », a reconnu Lansana Kouyaté, négociateur en chef de la CEDEAO.
Vingt et un mois après le divorce
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, tous trois dirigés par des militaires, ont officiellement quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025. Ils reprochaient à l’organisation sa proximité avec la France, les sanctions imposées après les coups d’État et un soutien jugé insuffisant face aux groupes jihadistes. Regroupés au sein de l’AES, ils se sont depuis rapprochés de nouveaux partenaires, notamment la Russie, et ont lancé leur propre passeport et une force militaire commune.
Le dialogue n’avait pourtant jamais été totalement rompu. Des consultations s’étaient tenues à Bamako le 22 mai 2025, et la réunion de Dakar découle d’un mandat donné par le sommet de la CEDEAO à Lungi, en Sierra Leone, le 19 juillet 2026. Fin juillet, le président Faye avait aussi rencontré le chef de la transition malienne, Assimi Goïta.
Un enjeu vital pour les populations
Au-delà de la diplomatie, l’enjeu est très concret pour des millions d’Ouest-Africains. Les trois pays de l’AES sont enclavés et dépendent des ports côtiers, de Dakar à Lomé en passant par Abidjan, pour leurs importations et exportations. Commerçants, transporteurs et familles installées de part et d’autre des frontières ont besoin de règles claires. Et la menace jihadiste, qui gagne désormais les pays du golfe de Guinée, ne s’arrête pas aux frontières institutionnelles.
Aucun projet de texte n’a encore été publié, et les règles en vigueur n’ont pas changé. Mais après des mois de tensions, la réunion de Dakar marque un tournant de ton : les deux blocs ne parlent plus de rupture, mais de coopération entre voisins.
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