
La RDC sort de la liste grise du GAFI après quatre ans de surveillance
Réuni en plénière à Paris, le Groupe d’action financière a retiré la République démocratique du Congo de sa liste des juridictions sous surveillance renforcée. Kinshasa salue « une avancée historique », tout en reconnaissant que le travail contre la criminalité financière est loin d’être terminé.
Fin de quatre ans de surveillance renforcée
Le Groupe d’action financière (GAFI), l’organisme intergouvernemental chargé de fixer les normes mondiales contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, a annoncé le vendredi 30 octobre 2026 le retrait de la RDC de sa « liste grise ». La décision a été adoptée lors de sa plénière tenue à Paris. La Côte d’Ivoire, placée sur cette liste en octobre 2024, en sort également à l’issue de la même réunion.
La RDC figurait parmi les juridictions sous surveillance renforcée depuis octobre 2022. Le GAFI avait alors relevé des défaillances stratégiques dans trois domaines : la lutte contre le blanchiment de capitaux, contre le financement du terrorisme et contre le financement de la prolifération des armes de destruction massive. Le pays s’était engagé, au plus haut niveau politique, à corriger ces lacunes.
Dans la foulée de l’annonce, le ministère des Finances a salué « une avancée historique pour la crédibilité financière du pays ».
23 mesures et dix rapports d’étape
Pour sortir de la liste, Kinshasa devait exécuter un plan d’action de 23 mesures, établi avec le GAFI. Sa mise en œuvre a été documentée par dix rapports d’étape. Les réformes ont porté sur le cadre juridique, la supervision des secteurs à risque, les enquêtes et l’application des sanctions financières ciblées. Le pays a notamment réalisé une évaluation nationale des risques de blanchiment et de financement du terrorisme, adopté une stratégie nationale et désigné des autorités de contrôle pour des secteurs non financiers.
Le travail a été coordonné par le ministère des Finances et la Cellule nationale des renseignements financiers (CENAREF), avec la Banque centrale du Congo, le régulateur des assurances (ARCA), la justice et les professionnels du secteur privé soumis aux obligations de déclaration. En juillet 2026, la CENAREF a aussi été admise au sein du Groupe Egmont, le réseau international des cellules de renseignement financier.
En juin 2026, le GAFI avait estimé que la RDC avait achevé l’essentiel de son plan d’action. Une mission s’est ensuite rendue à Kinshasa en septembre pour vérifier que les réformes étaient effectivement appliquées et durables. C’est cette visite sur place qui a ouvert la voie à la décision de Paris.
Ce que la décision peut changer
Être sur la liste grise n’entraîne pas de sanctions directes, mais pèse sur l’image d’un pays. Les banques étrangères appliquent des contrôles renforcés aux opérations liées à ces juridictions, ce qui ralentit les transferts, augmente les coûts et peut décourager certains investisseurs.
Selon le gouvernement congolais, la sortie de la liste devrait faciliter les relations avec les banques correspondantes, ces établissements étrangers qui permettent aux banques locales d’effectuer des paiements internationaux. Elle devrait aussi réduire la perception du risque associé aux opérations financières avec la RDC et renforcer la confiance des partenaires et des investisseurs.
Ces effets ne seront toutefois pas immédiats. La sortie de la liste ne supprime pas automatiquement les vérifications des banques ni le coût des transactions : les gains devraient se construire progressivement.
Une étape, pas une fin
Les autorités reconnaissent elles-mêmes que ce retrait ne marque ni la disparition des risques de criminalité financière, ni la fin des efforts engagés. La RDC reste suivie dans le cadre ordinaire, notamment par le GABAC, l’organisme régional de lutte contre le blanchiment en Afrique centrale, qui évaluera régulièrement son dispositif.
Le défi est désormais de montrer que les textes adoptés produisent des résultats concrets : des déclarations de soupçon traitées, des enquêtes menées à terme et des condamnations. Dans un pays où l’économie informelle et l’exploitation minière pèsent lourd, la capacité à tracer les flux financiers sera observée de près par les partenaires internationaux.
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