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Cobalt : la RDC a appris à fermer le robinet, mais peut-elle vraiment fixer les prix ?

Cobalt : la RDC a appris à fermer le robinet, mais peut-elle vraiment fixer les prix ?

Avec près des trois quarts de la production minière mondiale de cobalt, la République démocratique du Congo dispose d’un pouvoir considérable. En limitant ses exportations, Kinshasa a réussi à provoquer une forte remontée des cours. Mais contrôler les volumes ne suffit pas : pour transformer cette domination géologique en véritable souveraineté économique, la RDC doit aussi sécuriser son administration, développer la transformation locale et anticiper les réactions du marché.

Quand produire davantage rapporte moins

Le cobalt est indispensable à de nombreuses batteries rechargeables, mais aussi à l’aéronautique et à certaines industries de pointe. La RDC en est, de très loin, le premier producteur mondial.

Cette position dominante n’a pourtant pas empêché l’effondrement des prix en 2024. La raison est simple : le cobalt congolais est principalement extrait comme sous-produit du cuivre. Lorsque les groupes miniers augmentent leur production de cuivre, ils produisent également du cobalt, même si la demande mondiale de cobalt ralentit.

Le marché s’est donc retrouvé en situation de surabondance. La RDC extrayait davantage, tandis que la valeur de chaque tonne diminuait.

Pour Kinshasa, ce paradoxe était devenu difficilement acceptable : comment un pays qui domine l’offre mondiale peut-il subir des prix aussi faibles ?

Fermer le robinet pour faire remonter les cours

En février 2025, la RDC a suspendu ses exportations de cobalt. Cette interdiction temporaire a ensuite été remplacée, à partir du 16 octobre 2025, par un système de quotas.

Pour 2026, le plafond a été fixé à 96 600 tonnes : 87 000 tonnes de quotas de base et 9 600 tonnes placées dans une réserve stratégique. Un volume similaire est prévu pour 2027, avec la possibilité d’ajuster le dispositif selon l’évolution du marché. Les quotas sont attribués aux entreprises en fonction de leurs exportations historiques. Agence internationale de l’énergie

Cette quantité représente moins de la moitié de la production congolaise enregistrée en 2024. L’objectif est clair : limiter l’offre disponible sur le marché international afin de soutenir les prix et de réduire les stocks accumulés.

La stratégie a produit un effet spectaculaire. Début juillet 2026, le prix du cobalt avait progressé d’environ 160 % depuis l’instauration de la suspension, pour atteindre près de 57 320 dollars la tonne. Reuters

La RDC a donc démontré une chose essentielle : lorsqu’elle réduit ses exportations, le marché mondial réagit.

Mais faire monter un prix pendant quelques mois ne signifie pas encore que le pays est devenu un véritable « price setter », capable de déterminer durablement la valeur du cobalt.

Le paradoxe des quotas inutilisés

Un quota n’a de valeur économique que s’il peut réellement être utilisé.

Or, la mise en œuvre du système congolais a révélé plusieurs difficultés : prépaiement des redevances, contrôles des cargaisons, certifications, analyses de laboratoire et procédures douanières.

En juillet 2026, un problème sur la plateforme informatique des douanes a empêché plusieurs entreprises d’enregistrer leurs déclarations. Près de 20 000 tonnes de quotas risquaient alors d’être retirées ou réattribuées, alors que les opérateurs ne disposaient que de quelques jours pour régulariser leur situation. Reuters

L’État avait déjà annoncé que les quotas non utilisés durant le premier semestre seraient transférés vers son stock stratégique. Reuters

Ces blocages administratifs ont des conséquences très concrètes.

Le cobalt reste immobilisé dans les entrepôts. Les entreprises ne peuvent pas facturer leurs clients. Les liquidités sont bloquées. Les recettes fiscales sont retardées. Et les acheteurs internationaux ne savent plus exactement quand les cargaisons pourront quitter le pays.

La bureaucratie agit alors comme une taxe invisible. Elle n’apparaît pas sur une facture, mais elle augmente le coût et le risque de chaque opération.

C’est ici que se trouve le principal défi : la RDC maîtrise désormais le robinet, mais elle doit encore démontrer qu’elle peut l’ouvrir et le fermer avec précision.

La hausse des prix peut aussi accélérer la substitution

Limiter l’offre donne du pouvoir au producteur, mais pousse également les consommateurs à chercher des solutions alternatives.

Dans le secteur automobile, les batteries LFP lithium, fer et phosphate ne contiennent pas de cobalt. Elles sont généralement moins coûteuses et connaissent une progression rapide, notamment pour les véhicules électriques d’entrée et de milieu de gamme.

Une hausse trop brutale ou une forte imprévisibilité du cobalt peut donc accélérer leur adoption. Les industriels peuvent aussi développer le recyclage, réduire la quantité de cobalt utilisée dans leurs batteries ou diversifier leurs approvisionnements vers des pays comme l’Indonésie.

S&P Global estime que les quotas congolais pourraient soutenir les prix, mais aussi encourager les acheteurs à privilégier d’autres technologies et d’autres sources d’approvisionnement.

Cela ne signifie pas que le cobalt va disparaître. Il reste recherché pour certaines batteries à haute performance, les superalliages et plusieurs usages industriels. Mais la RDC doit trouver un équilibre : un prix suffisamment élevé pour valoriser sa ressource, sans devenir si instable qu’il pousse les clients à l’abandonner.

Contrôler la mine ne signifie pas contrôler toute la chaîne

La RDC domine l’extraction, mais une grande partie du cobalt quitte encore le pays sous forme d’hydroxyde ou de produit intermédiaire. La transformation en métal, en sulfate de cobalt, en matériaux de cathode puis en batteries s’effectue largement à l’étranger, notamment en Chine.

C’est dans ces étapes industrielles que se créent une grande partie de la valeur, des emplois qualifiés et du savoir-faire technologique.

Mais raffiner localement ne consiste pas simplement à installer une machine à côté d’une mine. Cette industrie nécessite une énergie fiable, des réactifs chimiques, de l’eau, des laboratoires performants, des techniciens spécialisés, des financements et des contrats à long terme avec les fabricants de batteries.

Il faut également éviter une confusion fréquente : le spodumène est un minerai de lithium, pas de cobalt. Les restrictions chinoises concernant certaines technologies permettant de transformer le spodumène en carbonate ou en hydroxyde de lithium ne constituent donc pas, à elles seules, la preuve d’un verrou technologique sur le raffinage du cobalt.

Le véritable obstacle pour la RDC est plus large : il faut construire tout un écosystème industriel, et pas uniquement interdire l’exportation d’un minerai.

La souveraineté commence aussi par la mesure

Pour mieux capter la valeur du cobalt, la RDC doit savoir avec précision ce qui sort de son territoire.

Chaque cargaison doit être pesée, analysée et certifiée par des laboratoires fiables. La teneur en cobalt, mais aussi la présence éventuelle d’autres minerais valorisables, doit être correctement mesurée.

Une mauvaise analyse peut provoquer une sous-facturation. Une divergence entre les résultats de l’administration et ceux de l’entreprise peut bloquer une cargaison. Une traçabilité insuffisante peut faciliter la fraude ou la contrebande.

La métrologie autrement dit la science de la mesure peut sembler être un sujet purement technique. Elle est pourtant au cœur de la souveraineté minière.

Posséder le minerai ne suffit pas. Il faut connaître sa quantité, sa qualité, sa provenance et sa valeur exacte.

Quel modèle pour la RDC ?

La politique des quotas constitue une démonstration de force, mais elle ne peut être qu’une étape.

Pour transformer cette initiative en stratégie durable, la RDC devra notamment :

  • garantir un calendrier prévisible pour l’attribution et l’utilisation des quotas ;
  • rendre les plateformes administratives et douanières plus fiables ;
  • harmoniser les procédures d’analyse et de certification ;
  • publier des règles transparentes pour la réattribution des quotas inutilisés ;
  • développer progressivement le raffinage et les activités industrielles réalisables localement ;
  • améliorer l’électricité, les transports et les corridors commerciaux, notamment celui de Lobito ;
  • utiliser les revenus supplémentaires pour financer les compétences, les infrastructures et la diversification économique.

La RDC dispose d’un pouvoir de marché réel. Elle a montré qu’elle pouvait influencer les cours mondiaux en limitant ses exportations. Mais son ambition ne doit pas se résumer à organiser la rareté.

La véritable souveraineté ne consiste pas seulement à bloquer une tonne de cobalt à la frontière. Elle consiste à savoir exactement combien elle vaut, à décider quand elle doit sortir et à capter une part croissante de sa transformation.

C’est à cette condition que la puissance géologique de la RDC pourra devenir une puissance industrielle et économique.

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