
Zambie : réélu, Hakainde Hichilema face au double défi du pouvoir d’achat et de la démocratie
Hakainde Hichilema a obtenu un second mandat à la tête de la Zambie avec 61,4 % des suffrages valides. Sa victoire confirme le soutien d’une majorité d’électeurs à la stabilisation économique engagée depuis 2021. Mais le président devra désormais transformer les progrès macroéconomiques en emplois, en revenus et en amélioration du quotidien, tout en répondant aux inquiétudes concernant l’espace démocratique.
Une victoire nette pour Hakainde Hichilema
Le président zambien Hakainde Hichilema a été réélu pour un second mandat de cinq ans à l’issue du scrutin organisé le 13 août 2026.
Selon les résultats annoncés par la Commission électorale de Zambie dans la nuit du 17 au 18 août, le dirigeant de l’United Party for National Development a recueilli 2 965 326 voix, soit 61,4 % des suffrages valides.
Son principal adversaire, Brian Mundubile, a obtenu environ 1,86 million de voix, soit près de 38 %. Quatorze candidats avaient été autorisés à participer à l’élection présidentielle.
La victoire permet à Hakainde Hichilema de franchir dès le premier tour le seuil de 50 % nécessaire pour éviter un second scrutin. Associated Press
Le président sortant avait principalement fait campagne sur son bilan économique et sur la nécessité de poursuivre les réformes engagées depuis son arrivée au pouvoir en 2021.
Une économie stabilisée après le défaut de paiement
Hakainde Hichilema avait pris la direction d’un pays confronté à une grave crise financière. En 2020, la Zambie était devenue le premier État africain à faire défaut sur sa dette souveraine pendant la pandémie de Covid-19.
Son premier mandat a été largement consacré à la restructuration de cette dette, au rétablissement des relations avec les institutions financières internationales et à la restauration de la confiance des investisseurs.
En janvier 2026, le Fonds monétaire international a achevé la sixième et dernière revue de son programme de 1,7 milliard de dollars avec la Zambie. Le FMI estime que le pays a réduit ses déséquilibres macroéconomiques et réalisé des progrès importants dans la restructuration de sa dette.
L’institution prévoyait une croissance de 5,8 % en 2026, soutenue par la reprise de la production électrique, le secteur minier et les services. Elle estimait néanmoins que la dette publique restait exposée à un risque élevé de surendettement. Fonds monétaire international
Le gouvernement a également instauré la gratuité de l’enseignement secondaire, augmenté les transferts sociaux et renforcé les financements accordés aux projets communautaires.
Ces résultats ont permis à Hakainde Hichilema de se présenter comme un gestionnaire capable de remettre de l’ordre dans les finances publiques.
Les indicateurs économiques ne suffisent pas
La victoire électorale ne signifie toutefois pas que les difficultés économiques ressenties par les ménages ont disparu.
Une partie importante de la population reste confrontée à la hausse du coût de la vie, au chômage des jeunes, à la pauvreté et à l’augmentation des prix alimentaires. Le FMI reconnaît lui-même que l’inflation continue d’affaiblir le pouvoir d’achat, particulièrement parmi les ménages aux revenus les plus faibles.
Brian Mundubile a précisément construit sa campagne sur cette différence entre les résultats macroéconomiques et la réalité quotidienne. Son message était simple : la restructuration de la dette et le retour des investisseurs ne suffisent pas si les familles ne voient pas leurs revenus progresser.
Le second mandat de Hakainde Hichilema devra donc passer d’une logique de réparation à une logique de redistribution des bénéfices de la croissance.
Le gouvernement devra notamment créer davantage d’emplois, soutenir les petites entreprises, améliorer les infrastructures énergétiques et renforcer la productivité agricole.
Le cuivre au centre du prochain mandat
La Zambie est le deuxième producteur africain de cuivre, derrière la République démocratique du Congo. Ce minerai est devenu stratégique pour les réseaux électriques, les véhicules électriques et la transition énergétique mondiale.
Le gouvernement ambitionne de porter la production nationale à trois millions de tonnes par an, soit près de trois fois son niveau actuel.
Cette stratégie pourrait attirer de nouveaux investissements, augmenter les recettes publiques et créer des emplois. Elle place également la Zambie au centre de la concurrence entre la Chine, les États-Unis et d’autres puissances souhaitant sécuriser leur accès aux minerais critiques.
Mais le développement du secteur minier dépendra de la capacité du pays à garantir une production électrique suffisante. La Zambie reste fortement dépendante de l’hydroélectricité et donc vulnérable aux sécheresses. Les coupures d’électricité observées pendant le premier mandat ont affecté les ménages comme les entreprises minières.
La valeur créée par le cuivre devra également profiter davantage à l’économie nationale, grâce à la transformation locale, au développement des fournisseurs zambiens et à la formation de la main-d’œuvre.
Un scrutin calme, mais un environnement jugé inégal
Le déroulement de l’élection constitue l’autre enjeu majeur du nouveau mandat.
La mission d’observation de l’Union européenne a estimé que le scrutin avait offert un choix compétitif aux électeurs et que le vote s’était déroulé dans le calme dans les bureaux observés. Elle a également considéré le dépouillement comme globalement transparent.
Elle a cependant dénoncé un environnement électoral marqué par des restrictions aux libertés fondamentales, des conditions de campagne inégales et des modifications tardives de la législation électorale. Les observateurs ont notamment relevé l’utilisation de ressources publiques pendant certaines activités du parti au pouvoir. Mission d’observation électorale de l’Union européenne
La mission conjointe de l’Union africaine et du COMESA a, de son côté, constaté que le vote s’était déroulé de manière pacifique et ordonnée dans 98,6 % des bureaux visités. Elle a néanmoins signalé des obstacles rencontrés par l’opposition, des applications jugées sélectives des règles de campagne et les effets restrictifs des lois sur la cybersécurité et la cybercriminalité. Union africaine–COMESA
Le comptage des voix avait par ailleurs été suspendu pendant plusieurs heures le 14 août, après des attaques contre des agents électoraux et le vol de bulletins. Cette interruption avait alimenté la méfiance de l’opposition.
Brian Mundubile a demandé une enquête indépendante sur de possibles irrégularités. À la date de publication, ses accusations n’avaient pas été confirmées par une décision judiciaire.
Ce que cette réélection peut changer
La réélection de Hakainde Hichilema apporte une continuité politique appréciée par les investisseurs. Le gouvernement prévoit désormais de négocier un nouveau programme avec le FMI et d’accélérer les investissements dans les mines, l’énergie et les infrastructures.
Mais le président ne pourra pas limiter son second mandat à la discipline budgétaire.
Sa réussite sera déterminée par sa capacité à :
- faire baisser durablement l’inflation ;
- créer des emplois pour une population jeune ;
- sécuriser la production électrique ;
- transformer davantage de cuivre localement ;
- améliorer les revenus agricoles ;
- préserver l’indépendance des institutions ;
- garantir à l’opposition, aux journalistes et à la société civile un espace d’expression effectif.
Les principaux indicateurs à surveiller
Cinq éléments permettront d’évaluer le début du second mandat :
- la réaction de Brian Mundubile et l’ouverture éventuelle d’un recours électoral ;
- la publication des rapports définitifs des missions d’observation ;
- les conditions du prochain programme négocié avec le FMI ;
- l’évolution de l’inflation, de l’emploi et du pouvoir d’achat ;
- les investissements effectivement réalisés dans le cuivre et l’énergie.
La victoire de Hakainde Hichilema lui donne un mandat politique clair. Mais elle ne constitue pas un blanc-seing.
Après avoir consacré cinq ans à stabiliser l’économie zambienne, le président devra maintenant démontrer que cette stabilité peut améliorer la vie quotidienne de la population, sans affaiblir les libertés et les institutions démocratiques qui ont longtemps distingué la Zambie dans la région.
Sources consultées
- France 24 — Hakainde Hichilema réélu à la tête de la Zambie
- Associated Press — Résultats de l’élection présidentielle
- Reuters — Réélection et coût de la vie
- FMI — Bilan du programme économique de la Zambie
- Union européenne — Rapport préliminaire sur le scrutin
- Union africaine–COMESA — Observation de l’élection
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La rédaction
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